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« Selon
Huxley, ce terme fut choisi comme antithétique aux « gnostiques » des
premiers temps de l’Église et par opposition non seulement au théisme et au
christianisme, mais aussi à l’athéisme et au panthéisme. Il voulait que le
terme recouvre d’une enveloppe de respectabilité non pas tant l’ignorance au
sujet de Dieu, mais la conviction inébranlable que le problème de Son existence
est insoluble. »
Le renard sans queue à la recherche
d’une « enveloppe de respectabilité »? Il semble que ce soit cela,
mais qui peut l’en blâmer? C’était une époque difficile et déroutante – compte
tenu du cadre d’alors, de nombreux intellectuels devaient se sentir passablement
frustrés et devaient s’imaginer non seulement sans queue, mais carrément sans
arrière-train. À une époque et en un lieu où, tel que le décrit Huxley, l’option
qui se présentait à vous, au sens pratique, était le christianisme ou rien,
quiconque s’attardait aux difficultés théologiques finissait par reconsidérer
les vœux de fidélité qu’il avait fait au groupe chrétien auquel il
appartenait. Il ne fait aucun doute que l’invention du terme
« agnosticisme » découle de la frustration provenant des interactions
avec ceux dont les doctrines pouvaient facilement être discréditées par des
hommes et des femmes de raison, mais ce, dans un vide théologique où une
alternative acceptable n’avait pas encore été présentée au monde anglophone. Que
pouvait bien faire une personne qui croyait en Dieu, mais qui ne croyait pas
aux religions auxquelles elle avait été exposée? L’évasion était l’unique
alternative, et c’est exactement, semble-t-il, ce que fit Huxley. Il inventa
un terme qui englobait un vieux concept fournissant, à ceux qui y adhéraient,
un chemin d’évasion menant loin des salles combles et surchauffées où se
tenaient des discussions religieuses, et bifurquant vers le salon intime des
convictions personnelles.
Et pourtant, bien que le terme ait
fournit une soupape de sûreté à ceux qui voulaient fuir la pression des
discussions religieuses trop sérieuses de l’époque de Huxley, la question qui
vient à l’esprit est : « Ce terme a-t-il encore quelque valeur de nos
jours? » La vérité du concept demeure, mais la question n’est pas de
savoir s’il porte une part de vérité, mais si la vérité possède une certaine
valeur. Une roche est bien réelle, mais quelle est sa valeur? Très faible, en
des circonstances normales.
D’une certaine façon, donc, la question
« et alors? » demeure. Englober dans un terme le vieux concept
voulant que l’existence de Dieu ne puisse être démontrée semble à la fois
habile et pratique, mais ce concept est-il susceptible de modifier la croyance
en Dieu de qui que ce soit? Une personne peut adhérer à une pléthore de
systèmes de croyance tout en affirmant que l’existence de Dieu ne peut être
démontrée. Mais une telle affirmation ne modifie en rien la profondeur de la
conviction qui se trouve au fond de son cœur.
Et la plupart des gens savent cela.
Peu de croyants croient pouvoir
démontrer la véracité de leur religion ou de l’existence de Dieu à l’aide de
preuves absolues et irréfutables. Des défis grandissants posés par des laïques
de plus en plus intelligents et informés ont imposé un insupportable fardeau de
preuve sur les clergés des religions juive et chrétienne en particulier. Des
questions et des défis qui, autrefois, auraient provoqué des accusations d’hérésie
– mesure pratique pour supprimer la sédition – sont maintenant courants et
demandent des réponses claires. Le fait que les réponses de l’Église à de
telles demandes défient toute logique et toute expérience humaine a fait en
sorte que le clergé a souvent recouru, en dernier ressort, au renvoi du défi à
l’interrogateur en affirmant : « C’est un grand mystère de Dieu; il
vous faut simplement avoir la foi. » Ce à quoi l’interrogateur peut
répondre : « Mais j’ai bel et bien la foi, et j’ai foi en ce que Dieu
soit également capable de révéler une religion qui réponde à toutes mes
questions », pour se voir répliquer : « Et bien dans ce cas, il
faut avoir encore plus la foi. » En d’autres termes, la personne
doit cesser de poser des questions et se satisfaire de suivre la ligne du
parti. Et cela, même quand les informations qu’elle reçoit n’ont aucun sens et
que les écritures fondatrices enseignent le contraire.
Ainsi, au cours des derniers siècles,
la hiérarchie des nombreuses sectes judéo-chrétiennes a été repoussée en
arrière par la logique dont Dieu a doté l’homme et s’est retrouvée dans une
position chancelante, inclinée et tordue d’idéologie gnostique qui, dans les
premiers temps du christianisme, était une idéologie où tous les coups étaient
permis, une secte hérétique du genre
« ramasse-du-bois-et-installe-le-bûcher ». C’est un scénario assez
étrange; c’est comme dire : « Oui, ce four est un modèle de l’an
dernier. Les prototypes ne fonctionnaient pas; en fait, ils ont tous explosé
et tous ceux qui les ont utilisés sont morts brûlés. Mais nous les avons
ramenés sur le marché car nous avons besoin d’argent. Cependant, nous vous
promettons que si vous croyez – et seulement si vous croyez vraiment – vous
serez saufs. Mais si jamais il vous explose quand même au visage, il ne faut
pas nous blâmer. C’est que n’aurez pas cru suffisamment. » Pourtant, la
triste réalité est que non seulement de nombreuses personnes se procurent ce
four, mais elles en font même mettre un de côté pour chacun de leurs enfants.
Le clergé considérait que la foi
chrétienne était basée sur le savoir jusqu’à ce que des laïques éduqués
commencent à remettre en question ses concepts. Pendant des siècles, les
laïques n’avaient pas même le droit de posséder une Bible, et le châtiment,
pour ceux trouvés en possession du livre saint, a été plus d’une fois la mort.
Ce n’est qu’après l’abolition de cette loi, la fabrication du papier en Europe
(au 14e siècle), l’invention de l’imprimerie (au milieu du 15e
siècle) et la traduction du Nouveau Testament en anglais et en allemand (au 16e
siècle) que la Bible est devenue disponible et facile à lire pour le commun des
mortels. Ainsi, pour la première fois, les laïques eurent la possibilité de
lire la Bible (lorsqu’elle était disponible, car sa publication et sa
distribution demeurèrent limitées durant plusieurs décennies) et opposer des
arguments rationnels aux doctrines établies, après analyses personnelles des
écritures fondatrices. Quand les défis posés par les laïques vainquirent les
arguments des apologistes de l’Église, la plupart des sectes chrétiennes firent
une chose stupéfiante : elles désavouèrent l’assertion datant de près de
2000 ans selon laquelle la doctrine doit être fondée sur le savoir et
instituèrent, à la place, le concept du salut par le spirituel et la
justification par la foi. Elles mirent par ailleurs l’accent sur la prétendue
vertu de l’engagement aveugle et sans réflexion (et donc sans questionnement).
Les défenses « spirituelles »
modernes suscitées par la nouvelle orientation de l’église imitent
« l’exclusivité mystique » hérétique des anciens gnostiques et
rappellent des sentiments familiers tels que : « Tu ne comprends pas;
le Saint Esprit n’est pas en toi comme il est en moi » ou « Tu n’as
qu’à suivre ta lumière intérieure; la mienne est à niveau et brille de tous ses
feux, mais la tienne est tremblotante et faible » ou encore « Jésus
ne vit pas en toi comme il vit en moi ». Il ne fait aucun doute que de
telles assertions gonflent l’ego de celui qui les prononce et le fait sentir
spécial; mais si certains persistent à croire à des chemins spirituels
exclusifs, alors il ne fait aucun doute que d’autres persisteront à argumenter
sur la différence entre l’illusion et la réalité. T.H.Huxley aurait
certainement été heureux de présider un tel débat.
Le problème est que prétendre à
l’exclusivité mystique comme clef du salut équivaut à prétendre que Dieu aurait
arbitrairement abandonné Ses créatures qui n’ont pas atteint le salut, ce qui
demeure difficile à croire. N’est-il pas bien plus sensé de croire que Dieu a
donné à tous les mortels une chance égale de reconnaître la vérité de Ses
enseignements? Puis, ceux qui auraient reconnu Ses preuves mériteraient
rétribution, tandis que ceux qui les auraient rejetées seraient à blâmer pour
ce manque de reconnaissance et pour ne pas avoir adoré Celui qu’ils devaient
adorer.
Malheureusement, la nature même de l’illusion
fait en sorte que ceux qui en sont victimes sont rarement en mesure de
reconnaître leurs erreurs de compréhension. La nature des gnostiques est
similaire en ce qu’ils sont typiquement trop épris de leur philosophie
auto-satisfaisante et intéressée pour réaliser le mensonge de leur fondement. Et
en vérité, il est difficile de croire que le serveur a craché dans la soupe
quand le restaurant est un cinq étoiles, que le service y est raffiné et la
présentation, impeccable. Les apparences et les saveurs peuvent être si bonnes
qu’elles en font oublier la réalité. C’est le client qui perçoit le porteur de
vérité comme un rabat-joie plutôt que comme un sincère bienfaiteur.
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