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L’esclavage (partie 1 de 2): Une analyse

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Description: Cet article aborde trois sujets : (a) l’esclavage dans la tradition judéo-chrétienne (b) l’esclavage avant la guerre civile aux États-Unis (c) l’esclavage moderne.

  • par Imam Kamil Mufti (© 2017 IslamReligion.com)
  • Publié le 25 Dec 2017
  • Dernière mise à jour le 25 Dec 2017
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Slavery1.jpgN’importe quel juif ou chrétien un peu versé dans sa religion sait très bien que l’esclavage est abordé et discuté dans la Bible.  La loi juive a d’ailleurs beaucoup à dire sur les esclaves et leur traitement.  Ce fait n’est pas sujet à débat; c’est un fait irréfutable que tout juif ou prêtre connaît parfaitement.

Tout comme les juifs et les chrétiens parlent rarement d’esclavage dans leurs enseignements et leurs sermons, les musulmans n’en parlent pas souvent non plus.  Pourquoi?  Pour la simple raison que l’esclavage, tel qu’il était pratiqué autrefois, n’existe plus de nos jours.  Alors tous ces discours sur « l’esclavage en islam », comme si les musulmans s’y adonnaient encore de nos jours, tiennent de la malhonnêteté la plus primaire.

La grande majorité des pays ont des lois contre l’esclavage.  Mais plusieurs experts affirment que l’esclavage, de nos jours, a pris une nouvelle forme.

La définition de l’esclavage de l’ONU

L’esclave possède trois caractéristiques qui le définissent : il/elle est la propriété d’un autre être humain, il/elle est totalement soumis(e) à l’autorité de son maître et il/elle travaille sous la contrainte.[1]  La communauté internationale a condamné l’esclavage comme l’une des pires atteintes aux droits de l’homme et la définition classique de l’esclavage, telle que publiée dans la Convention sur l’Esclavage de 1926 est : « Le statut ou la condition d’une personne soumise au pouvoir de propriété d’une autre personne. »[2]  En 1956, plusieurs autres termes, définissant divers types d’esclavage, furent proposés : servitude pour dettes, servitude (tout court), mariages forcés, transferts d’épouses, héritage d’épouses et transferts d’enfants dans le but de les exploiter.[3]

Les racines de l’esclavage dans la Bible

La Bible, autant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament, soutient l’esclavage.[4]  La Bible existait avant le Coran.

La Bible affirme qu’une fois, Noé se réveilla et découvrit que l’un de ses fils, Cham, l’avait vu nu.  Il maudit son fils, de même que tous les descendants de Canaan (le fils de Cham), en disant : « Maudit soit Canaan!  Qu’il soit le dernier des esclaves de ses frères! » (Gen. 9:25).  Il est à souligner que cette histoire, ou toute histoire similaire, est introuvable dans le Coran et dans les enseignements du prophète Mohammed (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui).

Selon la tradition chrétienne, Cham serait le père des races noires en Afrique, Sem, celui des Sémites (qui incluent les Arabes et les Juifs) et Japhet, celui des hommes de race blanche.  Par conséquent, il est considéré que ce passage de la Bible a fait de la race blanche une race supérieure et de la race noire une race soumise aux autres races.[5]  Des siècles durant, ce passage biblique fut utilisé pour justifier l’esclavage noir.[6]  Et, il n’y a pas si longtemps, en Afrique du Sud, l’Église réformée fit référence à cette « malédiction » pour défendre le « droit » des Blancs de régner sur les Noirs.

L’esclavage est mentionné à deux reprises dans les dix commandements que l’on trouve dans la Bible[7], mais pas une seule fois dans les commandements du Coran.

Lévitique 25:44-46 (l’un des livres de la Torah, ou Ancien Testament) est un texte-clé utilisé pour justifier l’esclavage.  Il affirme que Dieu aurait dit aux juifs : « Vous pourrez acheter des étrangers résidant chez vous et des membres de leurs familles qui vivent parmi vous et qui sont nés dans votre pays, et ils deviendront votre propriété. Vous pourrez les léguer en héritage à vos enfants pour qu’ils en aient la propriété. Ils seront vos esclaves à perpétuité. »

Abraham, celui que Dieu avait « choisi pour Son amour » et le « père des croyants » acheta des esclaves à Haran (Gen. 12:4-5), arma 318 esclaves, nés dans sa maison (Gen. 14:14), les inclut dans la liste de ses propriétés (Gen 12:16, 24:35-36) et les légua à son fils Isaac (Gen 26:13-14).  La Bible affirme que Dieu bénit Abraham en multipliant le nombre de ses esclaves (Gen 24:35).  Dans la maison d’Abraham, des anges vinrent dire à Hagar, sa servante, de retourner à Sarah.  Les anges lui disent : « Retourne auprès de ta maîtresse et humilie-toi devant elle. » (Gen 16:9).

Sur l’ordre de Dieu, Josué prit des esclaves (Josué 9:23), tout comme David (1 Rois 8:2,6) et Salomon (1 Rois 9:20-21).

      Job, que la Bible décrit comme sans reproche et probe, fut un « grand propriétaire d’esclaves ».  Voir Job 1:15-17, 3:19, 7:2, 31:13, 42:8, où Job parle de ses esclaves.[8]

Jésus lui-même acceptait l’esclavage.  L’Évangile ne cite aucune parole de Jésus désapprouvant l’esclavage.  Jésus rencontra des esclaves (Luc 7:2-10, 22:50, etc) et proposa plusieurs paraboles impliquant des esclaves (Matthieu 13:24-30, 18:23-35, 22:1-14, Luc 12:25-40, 14:15-24, etc), mais ne dit jamais un mot contre l’esclavage. 

Dans au moins soixante-dix passages, les disciples se sont abstenus de désapprouver l’esclavage.  Ils dirent à des esclaves d’accepter leur destin et demandèrent à leurs maîtres de les traiter gentiment (1 Corinthiens 7:20-21, Eph 6:5-9, Col 3:22-25, 1 Tim 6:1-2, Tite 2:9-10, Phil. 10-18, 1 Pierre 2:18-19).

Jusqu’à la fin du siècle dernier, c’est une majorité de théologiens et d’érudits chrétiens, dont Saint Augustin, Thomas d’Aquin, Martin Luther et Jean Calvin, qui croyaient que la Bible sanctionne l’esclavage.[9]

En 1835, le synode presbytérien de Virginie-Occidentale s’en prit sévèrement au mouvement en faveur de la libération des esclaves, affirmant qu’il s’agissait là d’une croyance allant à l’encontre de « l’autorité de la parole de Dieu ».[10]

Le rapport de l’assemblée générale presbytérienne de 1845 a conclu que l’esclavage était fondé sur « les déclarations pures et simples de la parole de Dieu ».[11]

En 1861, un rabbin juif, M.J. Raphall, de New York, rédigea une brochure très médiatisée intitulée « The Bible View of Slavery » (Le point de vue de la Bible sur l’esclavage), pour défendre l’esclavage.[12]

Enfin, aussi récemment qu’en 1957, John Murray, du Westminster Theological Seminary[13], affirmait avec force que la Bible permet l’esclavage et que les érudits chrétiens du passé avaient parfaitement interprété la Bible.

L’esclavage dans la Constitution américaine

Le compromis des trois-cinquièmes se trouve dans l’article 1, section 2, paragraphe 3 de la Constitution américaine.  Ce compromis faisait en sorte qu'un esclave était comptabilisé à hauteur de trois cinquièmes d'un homme Blanc, de sorte que si on lui permettait de voter, son vote n’avait pratiquement aucun effet.

Le Compromis du trafic d’esclaves fut un accord obtenu durant la convention constitutionnelle de 1787, protégeant les intérêts des propriétaires d’esclaves et interdisant au Congrès d’interférer durant vingt ans dans le marché d’esclaves.  Ce compromis mit un terme à l’importation d’esclaves après 1807, encourageant la reproduction chez les esclaves déjà sur place et la vente aux enchères d’esclaves à travers le Sud du pays.

L’esclavage après la Guerre Civile américaine

La Guerre Civile américaine fut largement menée au sujet de l’esclavage.  Durant cette guerre, le président Abraham Lincoln émit la Proclamation d’Émancipation, qui libérait tous les esclaves au sein des États rebelles.  La victoire du Nord, en 1865, mit fin à l’esclavage légal à travers tous les États-Unis.

L’esclavage, tel que pratiqué dans le Sud des États-Unis, privait totalement les Noirs de contrôle sur leur propre vie.  Ils étaient esclaves à vie, leurs enfants naissaient au sein de l’esclavage, ils n’avaient pas droit à une éducation de base, étaient sévèrement punis pour les plus petits actes de désobéissance, étaient cruellement séparés de leurs enfants lorsque ces derniers étaient vendus et les femmes étaient sexuellement exploitées.  Le système d’esclavage américain était conçu de façon à enlever toute humanité aux esclaves et s’inspirait d’idées empruntées à la domestication des animaux.  La déshumanisation, au sein du système d’esclavage américain, revêtait une signification particulière; les esclaves étaient marqués par la couleur de leur peau, ce qui était soutenu par l’interprétation de certains versets de la Bible selon laquelle les esclaves, étant des descendants de Canaan, étaient inférieurs aux Blancs.[14]

 

L’esclavage aujourd’hui

L’esclavage légal a peut-être pris fin, mais l’institution de l’esclavage existe toujours, sous diverses formes.  Les Nations Unies affirment : « L’esclavage fut le premier problème des droits de l’homme à susciter un intérêt international, mais il persiste, de nos jours encore. »[15]  Le Département d’État américain reconnaît d’ailleurs « l’esclavage moderne ».[16]

Les esclaves n’ont jamais coûté aussi peu cher, de nos jours.  En 1850, un esclave coûtait 40 000$ en dollars d’aujourd’hui.  De nos jours, un esclave coûte entre 30$ et 90$.  Il y aurait environ 27 millions d’esclaves, dans le monde, ce qui serait le chiffre le plus élevé de l’histoire.[17]

« … entre 14 000 et 17 500 personnes sont introduites illégalement aux États-Unis, chaque année, la plupart forcées à se prostituer, à faire des travaux domestiques ou agricoles.  À tout moment, entre 52 000 et 87 000 sont en état de servitude… Selon les Nations Unies, les revenus tirés du trafic humain, par le crime organisé, sont les troisièmes plus importants après les revenus tirés des drogues et des armes. »[18]

 

 

 

 



Note de bas de page:

[1] Définition (en anglais) tirée de D.B.  Davies, The Problem of Slavery in Western Cultures (Cornell University Press, 1966), 31.

[2] (http://www2.ohchr.org/english/law/slavery.htm)

[3] (http://www2.ohchr.org/english/law/slavetrade.htm)

[4] Article sur l’esclavage dans l’AT et le NT, New Bible Dictionary (2e édition, Londres: IVP, 1986), 1121-1125. 

[5] Griffith Thomas, Genesis: A Devotional Commentary (La Genèse: un commentaire pieux) (Grand Rapids: Eerdmas, réimprimé en  1953), 95-99.

[6] David Brion Davis, Inhuman Bondage: The Rise and Fall of Slavery in the New World (Esclavage inhumain: la grandeur et la décadence de l’esclavage au sein du Nouveau Monde) (Oxford University Press, 2006) 5.

[7] La plupart des gens ignorent que les dix commandements de la Bible mentionnent l’esclavage à deux reprises (voir Exode 20:17 et Deutéronome 5:21).

[8] J.H.  Hopkins, A Scriptural, Ecclesiastical, and Historical View of Slavery, from the Days of the Patriarch Abraham, to the Nineteenth Century (Un point de vue scripturaire, ecclésiastique et historique sur l’esclavage, de l’époque du patriarche Abraham au 19e siècle), (New York, 1864), 76.

[9] A.  Ruppercht, ‘Attitudes on Slavery Among the Church Fathers,’ (Points de vue sur l’esclavage parmi les pères de l’Église), publié dans New Dimensions in New Testament Study (Grand Rapids: Zondervan, 1974), 261-277; J.  Kahl, ‘The Church as Slave-Owner,’ (L’Église en tant que propriétaire d’esclaves), publié dans The Misery of Christianity (Londres: Penguin, 1971).

[10] H.  Shelton Smith, In His Image, But…Racism in Southern Religion,(À Son image, mais…  Le racisme dans les religions du Sud) 1719-1910 (Caroline du Nord: Duke University Press, 1971) 172.

[11] J.  Murray, Principles of Conduct (Principes de conduite) (Londres: IVP, 1957), 260.

[12] (http://www.jewish-history.com/civilwar/raphall.html)

[13] (Westminster Theological Seminary), Une école presbytérienne située en Pennsylvanie, avec un campus à Londres.  Voir J.  Murray, Principles of Conduct (Londres: IVP, 1957).

[14] "North American Slave Narratives" est un projet de l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill qui recueille des livres et des articles documentant l’histoire individuelle et collective d’Américains de race noire ayant lutté pour leurs droits et leur liberté aux 18e et 19e siècles, de même qu’au début du 20e siècle. 

 

On trouve des documents sur l’esclavage, entre autres, dans les ouvrages de Theodore Weld American Slavery As It Is: Testimony of a Thousand Witnesses, 1839, republié dans Slavery In America (Illinois: Peacock, 1972) et W.  L.  Rose (ed.), A Documentary History of Slavery in North America (Oxford University Press, 1976).   Discussion sur l’histoire de l’esclavage américain dans Inhuman Bondage: The Rise and Fall of Slavery in the New World , par un historien gagnant du prix Pulitzer David Brion Davis.

[15] (http://www.ohchr.org/EN/Issues/Slavery/SRSlavery/Pages/SRSlaveryIndex.aspx)

[16] (http://www.state.gov/j/tip/what/)

[17] (www.freetheslaves.net)

[18] "Slavery is not dead, just less recognizable"  (L’esclavage n’est pas mort; il est seulement moins reconnaissable) (http://www.csmonitor.com/2004/0901/p16s01-wogi.html)

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