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Quand le Coran fut révélé au prophète
Mohammed, par l’ange Gabriel, il fut révélé en sept dialectes arabes. Par conséquent, quand différents compagnons le récitaient, il y avait parfois de légères différences
de prononciation. Lorsque le Prophète était encore vivant, il arrivait à
clarifier et régler la plupart des désaccords de prononciation.
Dans un hadith, Omar ibn al-Khattab
rapporte une anecdote qui démontre clairement à quel point les gens de l’entourage
du Prophète avaient à cœur de préserver l’authenticité du Coran et comment le
Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) arrivait à
régler tous les malentendus. Il raconte :
« J’entendis Hisham ibn Hakim réciter un passage de manière
différente de la mienne. Je voulus immédiatement le corriger (durant la
prière), puis je décidai d’attendre qu’il ait terminé, pour ensuite l’amener
devant le Messager de Dieu. Là, je dis à ce dernier : « Je l’ai
entendu réciter d’une manière différente de celle que tu m’as apprise. »
Le Prophète m’ordonna de le lâcher et demanda à Hisham de réciter, ce que fit
ce dernier. Alors le Prophète dit : « C’est ainsi que ce texte fut
révélé. » Il me demanda ensuite de réciter le même passage, ce que je
fis. Il dit alors : « C’est ainsi que ce texte fut révélé. Le Coran
fut révélé de sept façons différentes, alors récite-le de la manière qui est la
plus facile pour toi. »
Après la mort du Prophète, des
centaines de milliers de non-arabophones se convertirent à l’islam. Quand
Outhman ibn Affan devint calife, le Coran était récité dans plusieurs
dialectes, avec divers accents. De nombreuses personnes, et surtout celles qui
venaient d’embrasser l’islam, ne s’y retrouvaient plus et certains des
compagnons du Prophète commencèrent à craindre que l’authenticité du Coran ne
soit menacée.
Lors d’un voyage, l’un des compagnons
du Prophète remarqua qu’à travers la nation musulmane, les gens récitaient le
Coran de plusieurs manières différentes. Il suggéra alors à Outhman d’établir
une version orale officielle dans le dialecte de la tribu de Qouraish et une
version écrite officielle dans le style littéraire utilisé à Médine. Tous les
dialectes de la langue arabe étaient connus pour leur grande éloquence, mais
celui de Qouraish était considéré comme le plus expressif et le plus articulé;
c’est pourquoi, à travers plusieurs générations, il avait fini par être connu
comme le dialecte du Coran.
Outhman ibn Affan connaissait le Coran
par cœur et avait une connaissance approfondie des contextes et des
circonstances dans lesquels chaque verset du Coran avait été révélé; il était
donc la personne toute désignée pour superviser la standardisation du Coran. Comme
nous l’avons vu, les divers fragments du Coran avaient été colligés lors du
califat d’Abou Bakr et se trouvaient désormais entre les mains de Hafsah, fille
d’Omar ibn al-Khattab et épouse du Prophète. Outhman demanda donc à Hafsah de
lui remettre le moushaf original. Dans les hadiths, on rapporte ainsi
ce qui se passa par la suite :
Houdhayfah vint voir Outhman à l’époque où les peuples de Syrie et
d’Iraq étaient en guerre contre ceux de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan. Il fut
très inquiet de constater les différences de récitation (entre les Syriens et
les Irakiens). Il dit donc à Outhman : « Ô guide des croyants!
Sauve cette nation avant qu’elle ne se querelle au sujet du Coran, comme les
juifs et les chrétiens se sont disputés au sujet de leurs livres. » Alors
Outhman envoya un message à Hafsah, qui disait : « Envoie-nous le
manuscrit afin que nous en fassions des copies et nous te le rendrons par la
suite. »
Outhman demanda donc aux compagnons les
plus fiables, incluant, pour la deuxième fois, Zaïd ibn Thabit, de rédiger des
copies du manuscrit, en leur disant : « En cas de désaccord,
copiez-le dans le dialecte de Qouraysh. »
Le
manuscrit original fut rendu à Hafsah et Outhman ordonna que toutes les copies
non-officielles, que possédaient les gens, soient brûlées ou détruites par
d’autres moyens. C’est ainsi qu’il mit fin aux querelles et aux désaccords et
que les musulmans furent unis par une version unique. Le « Coran
d’Outhman » est celui qui est utilisé, de nos jours, par plus de 1,2
milliards de musulmans, à travers le monde. Le Coran fut donc préservé de
génération en génération, chaque moushaf étant l’exacte copie de l’original.
« En vérité, c’est Nous qui t’avons
révélé le Rappel et c’est Nous qui le préserverons, certes, (contre toute
altération). » (Coran 15:9)
On ne sait pas exactement combien de
copies furent rédigées sous la supervision d’Outhman, mais plusieurs croient
qu’il y en avait cinq, excluant sa propre copie. Les villes de La Mecque, de
Médine, de Damas, de Koufa et de Bassorah en reçurent chacune une copie. On
retrouve, dans les ouvrages littéraires de l’époque, plusieurs références à ces
copies et l’on croit que certaines d’entre elles existent encore, de nos jours,
en Turquie et en Ouzbékistan.
Au 14e siècle, ibn Batuta
affirma avoir vu des copies ou des feuilles de ces copies du Coran préparées
sous la supervision d’Outhman à Grenade, à Marrakech, à Bassorah et dans
d’autres villes. Ibn Kathir rapporta avoir vu une copie du Coran d’Outhman,
qui avait été apportée à Damas, en provenance de la Palestine. Il raconte
qu’il s’agissait d’un livre « très gros, rédigé dans une belle
calligraphie, clairement lisible, avec une encre très foncée, en parchemin
fait, je crois, de peau de chameau. »
Ibn Joubayr rapporta avoir vu le manuscrit d’Outhman, dans la mosquée de Médine,
en l’an 1184 de l’ère chrétienne. Certains affirment qu’il serait demeuré à
Médine jusqu’à ce que les Turcs s’en emparent, lors de la Deuxième Guerre
Mondiale. Le Traité de Versailles contient d’ailleurs la clause suivante :
Article 246: dans les six mois suivant
l’entrée en vigueur du présent traité, l’Allemagne devra rendre à Sa Majesté,
le Roi du Hedjaz, le Coran original du calife Outhman, qui fut retiré de Médine
par les autorités turques et que l’on dit avoir été offert à l’ex-empereur
Guillaume II. »
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